Je ne suis ni sociologue, ni spécialiste des générations X, Y ou Z. Depuis plus de quinze ans, j’observe les relations humaines à des moments où elles deviennent particulièrement fragiles. Lorsque j’ai commencé ma carrière de juriste, je pensais que les conflits étaient essentiellement des questions juridiques auxquelles le droit devait apporter une réponse. Puis je suis devenue médiatrice.
J’avais le sentiment qu’il manquait parfois quelque chose. Une manière plus douce, plus consensuelle de résoudre les conflits. Je rencontrais des personnes qui avaient juridiquement raison et qui pourtant continuaient à souffrir.
La médiation m’a ouvert une autre porte. Elle m’a appris que derrière une colère se cache souvent une inquiétude. Et qu’avant de chercher un accord, il faut souvent permettre aux personnes de retrouver un espace où elles peuvent simplement se comprendre.
Dans une succession, nous pensons transmettre un patrimoine. Dans une entreprise familiale, nous pensons transmettre une société. Mais au fil des dossiers, j’ai compris que nous transmettions toujours beaucoup plus que cela. Nous transmettons notre manière d’écouter, de décider, d’exercer l’autorité. Notre rapport au travail. Notre confiance… ou notre méfiance. Et parfois même nos silences.
Quelques années plus tard, lorsque j’ai commencé à accompagner des dirigeants confrontés à la transmission de leur entreprise, j’ai compris que les mêmes mécanismes relationnels traversaient aussi bien les familles que les organisations. Nous parlons souvent des générations comme si elles étaient opposées. Les jeunes d’un côté. Les anciens de l’autre. Mon expérience ne me permet pas de partager cette vision.
Aujourd’hui, les entreprises ont la chance de réunir plusieurs générations au sein d’une même organisation. À condition d’accepter que la transmission fonctionne dans les deux sens. Il ne s’agit pas de savoir qui a raison. Il s’agit de comprendre ce que chacun peut apporter à l’autre. Les conflits les plus difficiles ne sont pas ceux qui éclatent. Ce sont ceux qui s’installent lentement, dans les silences et les conversations que l’on repousse. C’est pourtant souvent à ce moment-là que tout peut encore être préservé.